Microscope

Lorsque j’étais enfant, je souhaitais recevoir un microscope pour ma fête. Ce que je considère maintenant comme étant une demande inhabituelle pour une jeune de cet âge était source d’une grande fierté à l’époque. J’étais ravie de ce cadeau qui me permettrait finalement d’acquérir une sorte de pouvoir magique : celle de découvrir ce qui se cache sous la peau, la surface, les façades. Je ne me contentais de ce qui m’était montré. Le monde de l’invisible me fascinait. Pour cette raison peut-être, on croyait que la médecine serait ma voie, mais c’est en psychologie que je me suis retrouvée.

            Avant de m’aventurer dans le domaine de l’esprit, j’ignorais la complexité des émotions humaines. Je naviguais intuitivement les relations, sans prendre le temps de considérer les intentions et les motivations qui pourraient sous-tendre certains comportements. En excluant les affects et les pensées, l’être humain peut facilement être réduit à l’observable, à ses actions. Il est souvent difficile de reconnaître que ce qui se produit quotidiennement en nous est également vécu par l’autre. La prise de conscience de cette complicité nous permet d’entrevoir la beauté au sein d’une humanité parfois à déplorer.

            En contexte thérapeutique, il faut se dévoiler, se montrer, se dévêtir de la peau qui a été tissée au fil des années. Ceci fait contraste avec les attentes inexprimées de la société, où nos larmes, nos manies, nos explosions se doivent d’être enfouies sous un sourire terni. J’ai longtemps eu l’impression de devoir masquer ma tristesse, ma colère, ma jalousie par peur de bouleverser des gens qui prétendaient m’aimer, des inconnus dont le regard me hantait, des personnes qui n’hésiteraient pas à m’abandonner. C’est pourtant à travers le partage de notre monde interne que nous pourrons réellement être vus par l’autre. En nommant l’invisible, nous nous conférons le droit d’être perçu.

Bonheur

Un sourire partagé avec un inconnu

Le chant des oiseaux

Les étincelles sur le lac

Un regard complice

La fraîcheur de l’automne

Le café chaud du matin  

Une marche solitaire  

La lune

Une odeur jadis connue (déterrement des souvenirs)

Un croissant aux amandes

Le silence (pur)

La floraison des magnolias

Les larmes qui parcourent le relief du visage (moment de vulnérabilité)

Le premier contact du corps avec l’eau (de piscine, de lac, d’océan…peu importe. La clé est de s’y jeter librement, sans aucune forme d’anticipation.)

Un ciel coloré

La curiosité d’un enfant

….

            Bref, cette énumération pourrait s’étirer à l’infini. Il y a plus d’un an, j’avais listé dans mon journal tout ce qui me procurait un sentiment de bonheur, de plénitude. Les items identifiés me permettaient de redécouvrir la beauté à travers la simplicité. C’était à un moment où l’insatisfaction régnait sur ma vie. Je remarquais que les éléments devant m’apporter du plaisir m’éloignaient de plus en plus de ce sentiment recherché. La commercialisation du bonheur engendrait un état de manque continu qui devenait impossible à assouvir. Le moment présent se sacrifiait pour un futur qui ne se manifesterait jamais. Pour être heureuse, pour contempler un coucher de soleil, pour admirer la lune, pour pleurer devant mes amies, pour aimer, je ne dois me conformer à un style de vie particulier, mais seulement être guidée par une présence qui est engagée.

Solitude

            Depuis ces quelques dernières semaines, je me sens profondément seule. Bien que ce sentiment ne me soit pas étranger, sa présence est souvent difficile à tolérer. Je me suis alors mise à réfléchir à la solitude, à sa place dans ma vie et dans celle des autres, à ses répercussions sociétales.

            Au fil des années, ma relation avec la solitude s’est complexifiée. Et ce n’est qu’en vieillissant que je puisse graduellement me découvrir à travers elle. Contrairement à mon adolescence, la solitude n’est plus ressentie lorsque je suis physiquement seule. En fait, je prends même plaisir à passer du temps de qualité avec moi-même. Le sentiment auquel je fais référence est celui qui se dévoile dans les moments de silence camouflés par le bruit, dans les regards non réciproques, dans les paroles dénuées d’émotions. C’est me sentir seule, même en présence d’autres.

            Pour pallier ce sentiment, je me livre à tout ce qui peut temporairement assouvir mon besoin de connexion humaine. Je me plonge dans les distractions, dans la production, dans la consommation, dans la recherche de « l’amour ». Et pourtant, je remarque que les stratégies véhiculées par la société ne font qu’accentuer ma solitude ressentie.          

            Nous évoluons dans une époque qui valorise de plus en plus la vulnérabilité et le partage de nos pensées et de nos émotions. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que ce partage (à grande échelle) ne fait que nourrir l’illusion d’une intimité non existante. Virtuellement, nous sommes constamment connectés à l’autre, mais cette vulnérabilité se transpose-t-elle dans la vie réelle, dans nos relations personnelles ? Nous connaissons-nous réellement ? Par conséquent, cette illusion semble graduellement baisser notre tolérance à la solitude. Et le cercle vicieux se poursuit : nous produisons et nous consommons (médias, biens matériels…) pour maintenir un sentiment d’appartenance illusoire.

            Au niveau sociétal, la solitude humaine est exploitée, alors qu’elle est simultanément écartée de nos champs de conscience. Je ne condamne donc pas la solitude, mais plutôt la relation que l’on détient avec elle. Car comment peut-on entretenir une relation saine avec ce qui est collectivement nié ?

*Évidemment, il est également important de reconnaître les bienfaits du partage numérique, permettant à des personnes provenant de populations marginalisées de se retrouver et de partager leurs expériences communes. Ma pensée ne représente qu’un seul point de vue parmi des milliers d’autres. 🙂

Mots flottants

Mon corps a été retrouvé, enseveli sous des mots flottants et inexprimés. Je suis à la recherche de ce monde secret, où se cachent les paroles abandonnées. Cet univers mystérieux abrite les idées, les pensées et les émotions qui nous quittent avant de pouvoir les partager. Bien qu’elles soient invisibles à l’œil nu, elles s’infiltrent dans le réel et transforment nos vécus. Renfermées dans le silence, elles continuent de vivre, de grandir, de se propager. En retenant mes mots, je crois, à tort, que mes idées et mes sentiments ont été exilés. Mais je me heurte constamment à ces mots flottants, qui pourtant se dissipent au son de ma voix.

Le doute

Bien que je sois constamment confrontée aux effets de l’impermanence, je continue d’oublier qu’elle se manifeste régulièrement dans ma vie, dans mes relations, au sein de ma personne. Parfois, elle s’opère si subtilement que ce n’est qu’après plusieurs mois de silence que ses effets s’imposent à ma conscience. Je remarque soudainement que je suis une personne différente, que mes relations se sont modifiées, que tout a changé.

            J’ai commencé à écrire à l’âge de 19 ans, lorsque mes pensées semblaient déborder de ma tête, de ce lieu clos qui devient si rapidement encombré. J’écrivais pour faire sens du monde et de mon existence. À ce moment, je n’avais pas l’intention de partager mes écrits avec d’autres. L’écriture représentait pour moi un lieu de refuge et d’isolement.

            Avec le temps, ma relation avec l’écriture s’est lentement transformée. Cette passion d’autrefois est graduellement devenue une source d’angoisse. En invitant d’autres dans mes pensées, je leur dévoilais l’emplacement de ma cachette. Je n’étais plus seule.  

            Présentement, je me relis avec tous les yeux qui seront ou qui ont déjà été posés sur mes textes. Le doute s’accapare de mon corps et s’infiltre dans mes pensées. Il me paralyse.

            À partir du moment où l’artiste partage ses œuvres, la création peut-elle continuer d’être pour soi ou est-elle maintenant pour les autres ? À quel moment perd-elle son authenticité et sa vérité?

            Dans cette époque marquée par le regard, il est malheureusement devenu facile de s’aveugler. Nous nous laissons ainsi être guidés par les yeux de l’Autre. J’avais oublié. Oublié comment écrire pour moi seule, tout comme j’avais oublié comment exister en l’absence de l’Autre.

 

 

Intemporalité

Ayant chacune un cornet de crème glacée à la main, Shoushan et Rose se promenaient paisiblement dans les rues cachées du Mile End. Malgré les bruits ambiants, le silence les enveloppait. Pour la première fois depuis longtemps, elles avaient épuisé tous leurs sujets de discussion. En s’acclimatant à cette nouvelle étape franchie dans leur amitié, elles dirigèrent leur attention vers l’environnement externe. Les deux filles marchaient côte à côte, mais la nature se dévoilait à elles de manière individuelle. Shoushan tentait d’identifier les diverses odeurs qui émergeaient à chaque coin de rue. Il lui était agréable d’associer les parfums familiers à ses propres souvenirs. Rose, quant à elle, était captivée par le chant des oiseaux qui s’entrelaçait délicatement au bruissement des feuilles. Ce jour-là, le soleil de l’après-midi étendait ses rayons sur l’ensemble de Montréal, regroupant les deux jeunes gens dans la collectivité de la ville. 

            Soudain, Rose s’immobilisa devant un magnolia. Shoushan reconnut l’expression passagère de la mélancolie sur le visage de son amie. 

            – Qu’est-ce qu’il y a ?  

            – C’est étrange…il y a seulement deux jours, je marchais devant cet arbre et j’ai été          émerveillée par la beauté de ses fleurs. Aujourd’hui, elles semblent avoir été drainées de     leur vitalité.  

Shoushan observa longuement le magnolia; son regard se posa sur les pétales embrunis au pied de l’arbre. 

            – Oui, c’est étrange, dit-elle finalement. Hier, j’ai trouvé mon premier cheveu blanc.  

            – Les fleurs se fanent si rapidement, ajouta Rose. Elles n’embellissent la ville que pour un            très court moment.

Shoushan se pencha et ramassa délicatement un pétale terni. Espérait-elle peut-être que son toucher eût pu défaire les effets du temps.  

            – Trouves-tu que j’ai des lignes sur mon visage? 

Rose se tourna vers elle et la dévisagea. Le silence qui s’ensuivit renfermait l’expression d’une attente. Tout en continuant à contempler le jeune visage de son amie, Rose affirma qu’elle aimerait pouvoir identifier l’instant où les fleurs perdent leur éclat de beauté.  

            – J’ai peur de faner, soupira Shoushan. 

            – Les fleurs vieillissent inévitablement.  

            – Je vais bientôt ternir.  

            – Une part de leur valeur réside dans leur mortalité. 

            Alors que la vie autour d’elles se poursuivait, les dernières paroles de Rose restèrent suspendues dans l’air. Les deux amies détournèrent leur regard de l’arbre; de ce miroir qui leur reflétait une vérité incontournable de l’expérience humaine. Ayant chacune empoignée un pétale, Shoushan et Rose reprirent graduellement leur marche, laissant derrière elles le magnolia dénudé.  

 

« La vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d’existence. » 

Simone Weil

La pesanteur et la grâce

L’esclave du regard

« Le bourreau, c’est chacun de nous pour les deux autres. »  (p.42) Exprimée par une des damnés, cette affirmation présage la suite des évènements de la pièce de théâtre Huis Clos de Jean-Paul Sartre. Contrairement à la pensée populaire, l’Enfer conceptualisé par Sartre ne renferme ni pals, ni grils, ni entonnoirs de cuir. En l’absence de torture physique, les trois damnés s’infligent une souffrance d’autant plus douloureuse : celle du regard. Voués au regard de l’Autre pour l’éternité, les personnages oublient graduellement la façon dont ils se perçoivent. La seule vérité devient la perception de l’Autre. Nous nous retrouvons présentement tous dans cette même situation. La mort n’est plus un prérequis pour accéder au salon Second Empire que décrivait Sartre. Il ne suffit que de posséder un cellulaire! Fini la solitude, nous ne sommes plus jamais réellement seuls. Nos cellulaires, toujours à portée de main, hébergent les milliers de regards posés sur nous. Nous les accueillons dans nos vies quotidiennes et les régalons à leur guise. L’hôte devient l’esclave du regard numérique. 

            À l’ère des médias sociaux, l’image présentée à l’Autre se place au centre de nos préoccupations. Invisibles et omniprésents, les regards numériques s’apparentent à une nouvelle forme de divinité. Afin de leur plaire, nous assemblons minutieusement les attributs que nous jugeons dignes de partager avec eux. Tracassés par les jugements anticipés, nous dissimulons tout ce qui pourrait trahir notre humanité. Nous façonnons notre vie et notre apparence à l’image de la perfection. Nous condamnons nos défauts, nos faiblesses et nos fautes. Subjugués par le regard de l’Autre, notre authenticité et notre intégrité se perdent au profit de la fausseté.

            La création de ce nouveau personnage permet d’obtenir le résultat escompté : l’admiration de l’Autre. Mais la fin justifie-t-elle les moyens? Quelle est la finalité visée par les utilisateurs des médias sociaux? Est-ce l’admiration? Est-ce l’approbation? Est-ce la validation? Ne confondons pas l’admiration pour la personne avec l’admiration pour l’image de la personne. Une fois l’admiration obtenue, questionnons-nous. Est-elle destinée à l’ensemble de notre être? Ou est-elle uniquement réservée à la version unidimensionnelle que nous avons si soigneusement fabriquée?

            Dans le roman Un, personne et cent mille de Luigi Pirandello, le protagoniste dit la chose suivante : « Tout comme je prenais possession de ce corps pour être tour à tour tel que je me voulais et me sentais, de même un autre pouvait s’en emparer pour lui conférer une réalité à sa façon » (p.34) Pour interpréter cette citation, je me servirai d’une théorie en psychologie sociale qui permet d’illustrer une des particularités de l’être humain. Le phénomène psychologique en question s’appelle « l’attribution de causalité » (Weiner, 1985, cité dans Emery, 2020). Selon cette théorie, l’être humain se baserait sur trois dimensions causales pour s’évaluer dans une situation. Cette analyse influencerait sa perception de lui-même. Les trois dimensions causales sont : le lieu de causalité, le contrôle perçu et la stabilité de la situation. Ici, nous nous pencherons spécifiquement sur la notion du contrôle perçu. Une des caractéristiques de l’être humain est que, pour maintenir une bonne vision de soi, il a besoin de détenir un certain niveau de contrôle sur la situation. Dans son affirmation, le narrateur dénonce notre manque de contrôle sur le Regard de l’Autre. Conséquemment, cette absence de contrôle se manifeste en une source d’angoisse et d’inquiétude. Alors, pourrions-nous expliquer l’attrait des médias sociaux par le contrôle qu’ils nous permettent d’exercer sur l’image présentée à l’Autre? Les médias sociaux nous offrent des possibilités qui ne nous sont désormais pas disponibles au sein du monde réel.  Le monde réel ne nous permet pas de nous débarrasser instantanément de notre peau acnéique. Le monde réel ne nous permet pas de nous montrer quotidiennement sous notre meilleur jour. Le monde réel ne nous permet pas de frôler la perfection. Les médias sociaux permettent d’apaiser l’angoisse liée au manque de contrôle dans nos vies.

            En revanche, je crois que les médias sociaux ne nous offrent qu’une illusion de contrôle. En déterminant l’image présentée à l’Autre, nous croyons contrôler le regard qui en découle. Pourtant, peu importe la façon dont nous nous présentons à l’Autre, la perception de ce dernier sera hors de notre portée. L’Autre sera toujours libre de formuler sa propre pensée.

            Au courant de notre vie, des milliers de regards se poseront sur nous, donnant naissance à différentes versions de notre être. À l’époque de Sartre et de Pirandello, ces versions n’existaient que dans le monde tangible. Présentement, notre existence vacille entre deux mondes : le virtuel et le réel. Un monde parfait et un imparfait. Peuvent-ils coexister? Le développement de l’un doit-il se faire aux dépens de l’autre? Lequel devrait-on prioriser?        

            À chaque matin et soir, je prends le transport en commun. En observant autour de moi, je remarque les visages collés à l’écran, comme si la vie et la mort en dépendaient. Une peur de se regarder. Un effroi de se voir. Les regards qui se croisent sont jugés inacceptables. J’ai, à plusieurs reprises, envie de me lever et de crier : « RÉVEILLEZ-VOUS, REGARDEZ AUTOUR DE VOUS ».  Je me retiens, car personne ne m’entendrait.

            Mon existence s’efface dans le monde réel. La seule façon de me faire voir et entendre est en m’emprisonnant dans l’écran.

            Les yeux sont rivés sur les cellulaires pour ignorer les humains qui sont en chair et en os. Seuls les pleurs, les sourires et les souffrances numériques importent. Ils sont assez loin pour ne pas devoir s’impliquer directement, mais ils sont assez proches pour pouvoir sympathiser. Absorbés par ce monde virtuel que nous croyons être réel, nous oublions que l’humain est à côté de nous, et non dans cet écran artificiel.

                                                Un monde fabriqué. Un monde faux.

            Et peut-être sommes-nous attirés par ce monde virtuel puisqu’il nous fait momentanément oublier la laideur du monde réel. Pourtant, cette laideur ne disparaitra jamais. Les « filtres », les « selfies » et les faux sourires ne cacheront jamais la tristesse, la souffrance et les pleurs qui persistent et auxquels nous sommes tous assujettis. N’ayons pas peur de la laideur, n’ayons pas peur de l’humain, n’ayons pas peur de la vie. Acceptons les imperfections, les imprévus et les défauts. Regardons et écoutons les autres, au-delà de ce qu’ils nous partagent sur l’écran. Remarquons les larmes et les sourires.

            Notre existence se sépare entre deux mondes qui s’opposent considérablement, donnant naissance à une société emplie de paradoxes. Nous ne sommes plus jamais réellement seuls, mais en réalité, nous le sommes toujours. Nous sommes constamment assujettis au Regard numérique de l’Autre, mais le Regard physique de l’Autre ne nous voit plus. Nous investissons l’entièreté de notre énergie dans notre image virtuelle, mais qu’en est-il de notre personne réelle ?  Le bourreau, c’est chacun de nous pour soi-même.


Bibliographie

Romans

SARTRE, Jean-Paul. Huis Clos, Paris, Éditions Gallimard, 1947, 95 p.

PIRANDELLO, Luigi. Un, personne et cent mille, Paris, Éditions Gallimard, 1930, 229 p.

Théorie de l’attribution causale

Emery, J. (2020, 3 février). PSY2084 : notes du cours 3 [Structure identitaire et construction de l’identité]. StudiUM. https://studium.umontreal.ca/

Image : The Eye, Salvador Dali, 1945

I am what I am not

For the past few months, a feeling of numbness loomed over me. It felt as if I had suddenly been emptied of all of my thoughts and feelings. As the days tumbled by, I remained unusually still. Hollow. My sole desire was to distract myself. So that’s what I did. I scrolled and scrolled and scrolled, until I had completely silenced myself. Murder. My inner dialogue had been hijacked by voices I no longer recognized. Who are you?

 

You might feel beautiful if you post a selfie. You might feel happier if you go shopping. You might feel desirable if you go on dates. You might feel like a good person if you speak up about a cause.

 

Thank you. And did I actually feel any more beautiful, happy, desirable, good? I might have (for a second). The remainder of the day (86 399 seconds) was plagued by a dreadful sense of emptiness. While the artificial happiness slowly faded away (as it does), I tightened my grip on the distractions. Until I slipped. The constant pursuit of instant gratification split me in half: my actions no longer aligned with my values. Get out of my head.

            As of now, I feel less inclined to share myself with others. I’m trying to be whole again; even if that means having to face the emptiness.

Everybody’s Happy Now

My fears leer at me through caged glass. Far, far away. I distract myself until I’ve lost all sense of individuality. They say she became the infinite scroll:  searching relentlessly within herself, scrolling further and further down (woops), only to be left with nothing. Emotions must be a myth. Wow I am so lucky to be heard. But my words are no longer my own; I seem to have borrowed them. Emptiness hides behind the illusion of fullness: I am so full (of information, of others’ thoughts and opinions, of inspiration), but I somehow feel so empty. Anyhow, that’s all fine, because “everybody’s happy now” (1), right ?

(1) Brave New World, Aldous Huxley, 1932


Source de l’image : Tumblr

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