L’immobilité

À cette ère de beauté pixélisée,  

Où les fleurs perdent leur éclat,

Au moment où l’on tente de les immortaliser.

 

Le mouvement succombe

À la plateforme dédiée au statisme,

Laissant derrière lui

Les résidus d’une vitalité ternie.

 

1, 2, 3

Regardez-moi,

La réalité se fige,

Les émotions et les pensées se fanent,

Au profit d’une beauté éclatée,

Vidée de spontanéité et d’authenticité.

 

Le secret

Il y a une semaine, je me promenais dans les rues de Montréal en l’absence d’une destination précise. J’agrippais une bouteille de vin nouvellement achetée et mes pas déterminés dissimulaient la nature incertaine de ma marche. Au cours de cette activité solitaire, des regards éphémères se posaient continuellement sur moi. Confrontée à la présence de l’autre, je me suis mise à questionner sur l’image que je projetais dans la pensée de ces inconnus.

            Est-ce que j’allais rejoindre quelqu’un ? Si oui, serait-ce une amie, une fréquentation ou un membre de la famille ? Quels seraient mes plans pour la soirée ? Vers où est-ce que je me dirigeais ? La suite de mon histoire reposait entièrement sur l’imagination de ces personnes qui, aussitôt croisées, disparaissaient.

            Une ville renferme une variété d’histoires inachevées. Elles sont inachevées, car nous qui sommes les observateurs passagers, ne pourrons jamais connaître leur suite véritable. Chaque individu rencontré est porteur d’attributs, de caractéristiques et d’un récit que nous lui assignons. Dans le va-et-vient des passants, nous déposons une partie de nos fantaisies, de nos désirs et de nos insécurités dans des personnes que nous ne reverrons plus. Avec leur départ, elles amènent une partie de nous en elles.

            À mon arrivée à la maison, la bouteille de vin s’est glissée de mes bras et s’est éclatée en mille morceaux. Et personne, sauf moi, n’en était au courant.

À mes 23 ans

Lorsque j’étais enfant, j’attendais le jour de mon anniversaire avec impatience. À l’approche de cette date, je ressentais une joie indicible ; une joie propre aux enfants. La pureté liée à ces émotions d’autrefois m’est désormais inconnue. Je me souviens, mais je ne ressens plus. Comment peut-on fidèlement recréer un sentiment vécu ? À cette époque, ma curiosité primait mes craintes. Je m’élançais vers le futur sans vouloir retenir le passé. Insoucieuse du passage du temps, j’anticipais le moment où j’allais être « grande ». Pour moi, l’âge adulte était synonyme de liberté.

            En vieillissant, la signification accordée à mes anniversaires s’est graduellement modifiée. Ce changement a coïncidé avec la prise de conscience du passé et avec l’émergence d’une crainte de l’avenir. J’enviais de plus en plus la liberté de mon enfance. Ainsi, je tentais désespérément de m’agripper à cette période de vie où l’emprise du temps, des regards et des attentes m’était inexistante. À chaque nouvelle année de fête, j’avais l’impression de délaisser l’enfant en moi : son innocence, sa naïveté, sa confiance…

            Je remarque pourtant qu’elle ne me quittera jamais. La pureté de mon enfance, les insécurités de mon adolescence et la maturité de l’âge adulte résident simultanément en moi. Je suis la petite fille qui adore les animaux en peluche, je suis l’adolescente qui pense souvent aux garçons et je suis l’adulte qui est de plus en plus réfléchie.

Aujourd’hui, j’ai 23 ans. Hier, j’avais 10 ans. Demain, j’aurais 17 ans.

Fried Brain

Unconsciously floating.

Have been collecting songs in my back pocket.

The lyrics tell me what I’ve had for breakfast.

To wake me up. To make me feel.

They (who?) force feed my brain with all kinds of…knowledge

Dance for me, I’ll close my eyes.

Twinkle Twinkle little star…Forgot the rest.  

I mindlessly scroll through faces, thoughts and words of people I’ve never seen

Do they actually exist?

Please don’t make me think.

He whispered in my ear:

I’ll help you escape the virtual prison

HELP HELP HELP

I’m infected with fried brain syndrome,

We must be in a pandemic!


This poem doesn’t make any sense, but it very accurately represents how I’ve been feeling lately. Most often, my feelings can’t be expressed in coherent sentences and I actually prefer it that way. I’ve been feeling less inspired lately, but I’ll be back soon. For the time being, here are some songs I’ve been loving and that have been making me feel all sorts of things:

– Let’s Get Loud by Jennifer Lopez

– Pack Yr Romantic Mind by Stereolab

– French Disko by Stereolab

– Cybele’s Reverie by Stereolab

– Machine Gun by Slowdive

– In Your Eyes by Kylie Minogue

– Un De Vez En Cuando by Las Ketchup (or literally any song by them because they don’t have ONE bad song)

– Bia Bia by Liraz

– Dance of Maria by Elias Rahbani

– Al Elnim by Hamlet Minassian

– Kasdoura by Soapkills

That’s it for tonight folks. I could go on forever. Nighty night xxx


Image : The Lovers II, René Magritte, 1928

 

L’ échec

Nous nous sommes connues très tôt dans la vie. Au fil des années, elle s’est insidieusement faufilée dans toutes les crevasses de mon identité. Ma valeur ne reposait qu’en elle. Ma fierté n’existait qu’en sa présence. Sans elle, qui étais-je? Ah ! Ça pourtant, on nous ne l’enseignait pas.

            J’apprenais à multiplier, à conjuguer, à résoudre…pour ensuite apprendre à rivaliser, à me comparer, à performer sans répit. À peine avais-je commencé à m’individualiser que mon mérite reposait sur des chiffres et sur des lettres arbitraires. La réussite scolaire est rapidement devenue une partie intégrante de ma personne. En son absence, je perdais mes repères identitaires. Elle m’a forgée et modelée en une personne obsédée par l’excellence et la perfection. J’incarnais une cote, une note, des expériences sur un CV.

Existais-je réellement ?

            À ce moment-ci de l’année passée, j’ai connu une douleur qui m’était insupportable : celle de l’échec. Malgré l’ensemble de mes efforts, je croyais être refusée par mon programme de choix et de rêve. Je n’avais jamais vécu une telle tristesse. Confrontée à ces refus, j’ai été démolie; mon pilier identitaire s’écroulait. Dans une société où l’on priorise la réussite au profit du bien-être, j’ai été laissée à moi-même sans l’une ni l’autre de ces deux composantes; le bien-être m’ayant quitté depuis longtemps. L’ on me soutenait pour réussir, mais une fois que j’avais échoué, l’on avait soudainement disparu. Les mêmes mots désolés résonnaient dans l’espace, suivis d’un « nous ne pouvons rien faire pour toi. »

            L’hypocrisie de la chose est la suivante : on insiste sur l’importance de la santé mentale et de l’épanouissement personnel, alors que parallèlement, on déshumanise les étudiant.es.

                         Encouragez-nous à réussir, mais apprenez-nous aussi à échouer.

Des mots d’amour

Immobilisée devant le miroir, je me répète éternellement la même phrase : je m’aime je m’aime je m’aime je m’aime…Mes paroles se métamorphosent graduellement en des sons indéchiffrables. Ma réflexion m’annonce qu’elle est amoureuse. De qui ? De moi ? Enchantée par ma naïveté, elle en ricane longuement. Non, mes mots ne lui comblent plus. Son regard se pose sur moi et elle scrute silencieusement mon visage. Je répète avec encore plus d’insistance : je m’aime je m’aime je m’aime…

            Abandonnée par ma propre réflexion, je me retrouve seule parmi des mots dépourvus d’amour.

Des phrases égarées : extraits de journal (été 2019)

J’écris pour emprisonner le temps dans mes mots.

 

Un jour, je vais réussir à courir, à m’échapper du statisme, à m’échapper de la vie, de mon identité, de la question : “qui es-tu”. Vite. Vite. Vite. Je veux courir et ne jamais m’arrêter.

 

Je n’ai plus peur de la solitude au sens littéral, peut-être que j’ai seulement peur du sentiment.

 

Pendant que le chaos persiste en moi, un faux sourire et une apparence paisible suffisent pour plaire à mon entourage.

 

J’ai envie de faire tout ce qui peut me permettre de ressentir quelque chose, tout ce qui peut me permettre de vivre quelque chose. L’autre jour, j’ai sauté dans ma piscine très froide, avec l’espoir…l’espoir de quoi ? Je ne sais pas trop. L’espoir de sortir hors de moi-même, l’espoir de ressentir quelque chose d’intense, de différent. L’espoir que le froid allait me réveiller.

 

Les mots ne veulent rien dire. “Sarine”, c’est qui? Un nom qui m’a été attribué. Mais je ne suis pas un nom. Alors, je suis qui ? Je suis quoi?

 

Il est futile de se décrire en mots. Pourquoi ne pas se décrire à travers ses vêtements, à travers des couleurs, des chansons, la musique, des livres, des dessins, des poèmes ?

 

J’ai l’impression que dans notre société actuelle, les émotions sont mal vues, synonyme de faiblesse, une forme de prison. Les émotions font peur. Mais je crois que la vraie prison est le fait de ne pas se laisser aller dans ses émotions, de se contraindre.

 

Un observateur peut seulement voir ce qu’on veut lui montrer. Afin de réellement entrer dans le monde des autres, il faut s’ouvrir aussi.

 

J’ai hâte de partir. De prendre une pause de ma vie à Montréal. D’exister dans un lieu nouveau, dans des pensées nouvelles. J’ai peur de ne plus vouloir revenir.

 

Chaque seconde, je suis une personne nouvelle, modelée par mon passé. Mon passé n’est jamais perdu, il vit à travers mes actions, mes comportements et mes attitudes présents. Il est impossible de se débarrasser de son passé, sans quoi je ne serais pas la personne que je suis en ce moment.

 

Comment pouvons-nous affirmer que nous sommes libres si la moindre déviance de cette vie conformiste nous fait souffrir ?

 

Même si je suis ma propre prison, je crois aussi que je suis ma seule issue.

 

Je suis un paradoxe. Je suis une contradiction. Arrêtons de cacher nos contradictions et nos différences. Je peux tout être en même temps.

 

Au sein d’une même personne, on peut retrouver plusieurs personnes différentes.

 

Je ne veux plus fuir ma personne. Partout où j’irais, elle sera là avec moi. Je n’ai plus peur de mon existence, de ma personne, de la place que j’occupe dans cette vie et dans la vie des autres. Je ne veux plus m’effacer. Je suis moi, moi que je ne peux toujours pas décrire en mots, mais moi que j’apprends à apprécier et à aimer.

 

Je suis de retour, et je ne veux plus partir.

 

 

Contradictions

La fleur séchée est victime du vent,

Son corps dénudé contraste avec la blancheur des cœurs,

Tes paroles me transpercent,

Alors que mon rire retentit à l’infini

J’inhale l’air glacial qui cristallise mes larmes

Mon visage me trahit

À qui me plaindre ?

« Bonjour, comment puis-je vous être utile? »

Il reflète à tort mes émotions

Pouvez-vous me réparer ?

« Un instant s’il vous plaît. »

La fleur se décompose

Et je souris.

Un souvenir

Les lieux physiques abritent les esprits des évènements passés. En parcourant les routes de la ville, j’étale des bouquets de fleurs pour les moments et les émotions enterrés. Et tel un mirage, je l’aperçois au loin : elle est au cinéma, elle pleure, ils s’embrassent, elle danse, elles rient, elle s’évade. Seule. Avec d’autres. Simultanément. Je m’approche d’elle pour pouvoir la saisir. Son regard se pose sur moi et, malgré notre apparence identique, elle ne me reconnait pas. Elle n’était qu’un souvenir. Emprisonnée dans les pensées, elle ne pouvait que momentanément s’enfuir. Je résume ma balade en ville, ce cimetière où se reposent paisiblement les pensées, les émotions et les moments d’autrefois. Et chacun de mes pas retentit loin derrière moi.  

La création

Je recherche souvent des réponses à des questions qui ne me sont pas posées. Dernièrement, je cherchais à comprendre l’utilité de l’écriture dans ma vie. Mes quêtes transparaissent dans mes discussions : je crois devoir répondre à des questions inexprimées par l’autre. Pourquoi écris-tu ? Jusqu’à présent, mes explications me paraissaient insatisfaisantes.

            Après maintes réflexions, je crois finalement pouvoir y répondre: j’écris pour me libérer de la passivité de mes sens. Dans un monde où je dois constamment subir, l’écriture me permet d’agir. Les mots me permettent de manipuler et de déformer une réalité qui semblait autrefois être hors de ma portée. Ces réflexions se sont présentées à moi lorsque j’ai ressenti le besoin ardent d’incarner des couleurs, de croquer dans les mots, de toucher des chansons, de m’immerger entièrement dans les paysages; comme si l’usage habituel de mes cinq sens ne me convenait plus. En intégrant mes émotions et mes mots dans mes perceptions, je m’approprie le monde; je pénètre au-delà de ce qui m’est offert par mes sens. La création est un des seuls moyens de se libérer de la passivité imposée.


Image : René Magritte, Le faux miroir, Paris 1929

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