Dear 2020

            With the end of this year approaching, I can’t help but mentally sort through everything that’s happened in these past months. At the start of 2020, I thought I was off to a great year. I wasn’t entirely wrong. Define “great”. If there’s anything I’ve learned during the last two years, it’s that I have no hold over the future. This year was particularly challenging for that very reason: 2020 didn’t match many of our expectations. As much as I’ve managed to rid myself of imagined outcomes, I still hope. I hope for a better future, I hope for love, I hope for fairness. But I’ve slowly come to accept that “great” doesn’t exclude sadness, misery, ugliness. “Great” is what we make of them. Sometimes, the most impactful transformations and changes occur in the midst of difficult times. The “ugly” is always present, it just hides under stillness. The tides have finally cured us of our blindness.

            On a more personal note, here is a recap of my 2020: I dated cool people. I made new friends. I stopped being afraid of existing. I grew. I went through heartbreak. I listened to good music. I learned to accept rejection. I got accepted to study for my dream job. I dealt with failure and deception. I read amazing books. I experienced immense sadness. I got to follow my dreams. I honored my creativity. I experienced loneliness. I appreciated the value and importance of friendships. I went through rejection. But most importantly, amidst all of that, I was finally able to fall in love with myself (which I can proudly check off of my 2019 New Year’s resolution list).  

 

            P.S. I initially wanted to write something poetic/well thought out to close off the year, but this felt more authentic. That being said, I’d like to start off the new year by raising my imaginary glass to vulnerability, openness and empathy. Cheers and take care. See you in 2021. xxx

La simplicité

À ce moment-ci de l’année passée, j’étais constamment en l’attente de quelque chose. J’espérais vivre une vie différente, sans savoir ce que je désirais modifier dans celle que je menais. Mes souhaits étaient simultanément pleins et vides. J’attendais, mais pour quoi ? Les jours de la semaine se basculaient, alors que j’étais immobilisée par ma quête continuelle des moments parfaits. Ma vie se défilait devant des yeux aveuglés par des histoires romanesques.

            En fait, je peux finalement identifier ce que j’attendais : la perfection, le bonheur à tout prix, la fin heureuse si convoitée. En l’absence de grandeur, la valeur de ma vie était négligée. J’aurais attendu longtemps. Très longtemps. Malheureusement, le mythe de la perfection se confond encore avec notre réalité.

            Ma préoccupation avec cet idéal de vie m’empêchait de reconnaître la beauté de la simplicité et de la banalité. Mes moments de tristesse, de solitude et d’ennui étaient rapidement exclus de mon expérience de vie. Mes moments simples sombraient dans l’oubli.

            Je remarque que la magie de la vie ne réside pas dans les moments parfaits, que je considère maintenant comme étant faux et artificiels. Sa valeur réside dans sa globalité.

Je n’attends plus et j’accepte tout ce que cela peut impliquer.

Le vide

            Depuis le dernier mois, je n’ai plus envie d’écrire. Habituellement, l’émotion est mon carburant ; elle me donne la force de traduire mes pensées en mots. En l’absence d’émotions, mes pensées se vident lentement de leur vitalité. Je me retrouve alors parmi des carcasses d’idées et de mots, dépouillés de leur authenticité.

            J’accueille périodiquement ce sentiment de vide, de platitude, d’absence dans ma vie; un état dans lequel je me suis longtemps réfugiée. À l’été de l’année 2019, j’avais écrit la chose suivante (extrait de mon journal) :

« Il m’est parfois plus facile d’oublier que de me souvenir. En fait, je préfère oublier. Je préfère ne pas m’attarder sur mes souvenirs, sur mes peines, sur mes joies… Je n’y pense plus. Car lorsque j’y pense, je n’aime pas ce que je ressens. Et quand je n’y pense pas, je ne ressens rien. Je préfère le néant à la plénitude. Oublier. Non, ce n’est pas vrai, car je n’oublie jamais. Je me souviens toujours. Il existe une différence entre l’oubli et l’acte de ne pas y penser. Je choisis consciemment de ne pas y penser. Je choisis de ne pas ouvrir la boîte dans laquelle ces souvenirs, ces sentiments, ces évènements se retrouvent. »

            Nos émotions peuvent être complexes, contradictoires, envahissantes. Confrontée à l’intensité de mes émotions, je me réfugie auprès de l’insensibilité et de l’indifférence.

            La réapparition du vide a coïncidé avec l’émergence de la guerre en Arménie. Au départ, les nombreuses publications partagées me fendaient le cœur. Je ressentais beaucoup de tristesse, ce qui me permettait d’écrire. J’étais constamment exposée à des vidéos illustrant la guerre, à des images de soldats défunts, à des histoires déplorables. J’étais continuellement rappelée de notre peine, de notre souffrance, de notre rage. Mais j’étais d’autant plus affectée par le monstre qu’est l’être humain.

            Et j’ai lentement commencé à oublier, à me distraire. Les nouvelles ne suscitaient plus d’émotions en moi. Je ne m’intéressais plus à ce qui se passait en Arménie, tout en demeurant conscient de mon privilège de pouvoir oublier, de pouvoir m’échapper. Cette culpabilité, jumelée à des sentiments conflictuels, renforçait mon besoin de sombrer dans le néant.

            Je comprends maintenant que mon vide ressenti ne représente pas l’absence, mais plutôt la trop grande présence d’émotions.

            Aujourd’hui, le 10 novembre 2020, la guerre en Arménie a cessé. Une entente stipule que la majorité des terres de Nagorno-Karabakh seront accordées à l’Azerbaïdjan. Des émotions de toutes sortes se déferlent à travers notre nation : la colère, la tristesse, la haine, la frustration, le soulagement, le deuil, l’indifférence… Certaines personnes crient haut et fort, alors que d’autres se réconfortent par le silence. Pour ma part, le vide se dissipe.           

Je crois que la vie d’un homme est plus importante que la valeur symbolique d’une terre.

Si nous tenons réellement à notre nation, le symbole continuera de vivre à travers nous.

Sans hommes, sans amour, sans unité nos terres seront sans importance.

Mascarade

J’enfile mon déguisement, taillé par les attentes de l’Autre. À l’enfance, on nous dit que l’Halloween est le seul jour de l’année où nous pouvons nous déguiser. En vieillissant, nous constatons que la mascarade se perpétue. Pourtant, nos déguisements quotidiens ne cherchent plus à effrayer. Au contraire, ils tentent de dissimuler tout ce qui inspire la peur et l’inconfort.

            Confectionné pour plaire, mon costume me permet de répondre aux nombreuses demandes de la société. Et graduellement, mon personnage s’empare de mon corps. L’aversion au malheur entraîne la dépossession de soi.

Et si on se démasquait ? Et si on affrontait la terreur ?

Que se passerait-il?


Image : Edvard Munch, The Scream, 1893

Le chaos

Les définitions permettent d’apaiser, de calmer, de nous situer. On me dit qu’il serait difficile de s’orienter dans un monde sans catégories. Le chaos se dévoilerait.

Comment peut-on définir l’amour et la haine ?

Une émotion est décrite à l’aide de la juxtaposition de lettres. Les mots uniformisent nos expériences individuelles. L’amour se débat pour pouvoir rejoindre la haine. Je suis mon propre dictionnaire.

Les définitions nous encagent et nous emprisonnent.

Et le chaos ? Il se camoufle dans l’ordre.


Image : How My Mother’s Embroidered Apron Unfolds in My Life, Arshile Gorky, 1944

Vivre sa vie

Ces temps-ci, je réfléchis beaucoup à la notion du temps et aux barrières qu’elle nous impose. Ma réflexion s’est amorcée lors de la lecture de La Nausée de Jean-Paul Sartre, qui adresse l’angoisse liée au passage du temps. Une des raisons pour laquelle j’adore la lecture est qu’elle permet d’élucider certains aspects de ma vie personnelle. Étant une jeune fille dans ses vingtaines, je ressens l’énorme emprise du temps sur ma vie. En avançant en âge, non seulement suis-je accueillie par des rides, mais aussi par les attentes qui sont inextricablement liées à mes nombres d’années sur terre. Mes vingtaines, elles, devraient être emplies d’aventures, d’amours, de sorties, de spontanéité. Mes vingtaines, elles, devraient être un refuge pour mes nostalgies. Pour chaque minute qui s’écoule, mes vingtaines me répètent : tu dois vivre, tu dois vivre, tu dois vivre, tu dois vivre…mais comment puis-je vivre si le sens de ce mot m’est inconnu ?

            Dans le contexte de la pandémie mondiale, on m’a souvent répété « qu’il ne fallait pas arrêter de vivre sa vie ».  Ah, je ne savais pas que je ne vivais plus. Pourtant, je n’étais pas morte…du moins, je n’avais pas l’impression de l’être. Je mangeais, je dormais, je réfléchissais …non, j’affirme que j’étais bel et bien vivante. Mais alors, quelle est cette vie dont on me parle ?

 

Magasiner ? Se souler ? « Dater »? Aller au restaurant ? « Chiller »? Voyager ?

 

            En début de pandémie, le confinement était sans cesse publicisé comme étant la parfaite occasion pour prendre une pause de sa vie. Cette conception des choses me tracasse pour quelques raisons. D’abord, elle implique que la perception sociétale de la vie se fonde principalement sur la consommation et sur la production.  En l’absence de ces forces motrices, la société se propulse dans une stagnation insupportable, ne méritant même plus notre estime. Connue sous le pseudonyme de l’expérience de la vie, la culture de la consommation se cache habilement derrière tous nos bonheurs, nos désirs et nos tristesses. L’arrêt de la roue tournante entraîne notre mort symbolique. Ainsi, nous tentons du mieux que nous pouvons de nous agripper à des bribes de notre « vitalité ». Comment ? En consommant et en produisant.

            Dans la pièce de théâtre de Samuel Beckett s’intitulant En attendant Godot, les deux personnages principaux attendent (comme le titre nous l’indique) Godot. Et lors de cette attente interminable, les protagonistes cherchent inlassablement à se distraire pour pouvoir mieux supporter le passage du temps. Notre vie est l’incarnation même de cette attente. Vivre c’est s’enfuir, c’est s’évader, c’est se distraire…de la vie.

            Lors de la pandémie, je n’avais plus la possibilité de me réfugier entièrement dans les distractions, dans la consommation, dans la production. On me parlait d’une « pause de la vie », alors que je n’avais jamais été autant confrontée à la vie et à mon existence. On me parlait d’une « pause de la vie », alors que je n’avais jamais autant vécu.


Image : The meditative rose, Salvador Dalí, 1958

Pour vous

  1. Le combat invisible

Tu m’obsèdes

Je te hais

Je suis le fruit de ta corruption

Je n’existe pas sans toi

Je ne peux vivre sans toi

Chère Perfection

Est-ce que j’ai grossi ?

Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite.

Tu es la propriétaire de ma peau arrachée

Je suis un chiffre, je suis des abonnés, je suis un A+

J’ai peur de mon ombre

Chaque matin, j’observe mon ventre dans le miroir

Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite. Je suis parfaite.

Je suis des expériences sur un CV

Mes doigts sont ensanglantés

Je ne suis jamais assez

Est-ce qu’elle est plus belle que moi?

Je préfère mon café sucré

Jusqu’à ce que je ne puisse plus entendre mes pensées.

2. On garde le sourire !

 À la fin du parcours,

On m’offre un collier de dents

Merci beaucoup

« Pourquoi tu ne souris plus ? »

Je n’ai plus de dents

Je les porte autour de mon cou.


Image : Girl with Death Mask, Frida Kahlo, 1938

Noyade

Je crois que si on lui tendait l’oreille, la nature nous révèlerait d’amples secrets sur l’humanité. Ces secrets, bien évidemment, seraient changeants : propres et uniques à chaque personne. Ils dépendraient des besoins inexprimés du moment, puisque la vérité réside en ce qui ne s’exprime pas.

Je vous dis cela, car un secret m’a été transmis aujourd’hui.

            J’étais assise au bord du lac et tout à coup, comme pour la première fois, j’ai remarqué la noirceur de l’eau. Mon regard se heurtait à ma propre réflexion difforme. Le lac ne me permettait pas d’accéder à ses profondeurs, sans toutefois s’abstenir de partager sa vision du monde extérieur. La beauté du ciel mutable se reflétait dans ses yeux. Le monde m’était montré à travers son regard. Je voulais soudainement me perdre dans son impénétrabilité. Envoûtée par son opacité, j’étais envahie par le désir de m’y jeter. Si seulement je pouvais saisir avec mes mains, avec mes yeux, avec tous mes sens, sa vision du monde à lui. Je m’approchais et m’approchais et m’approchais. Ma perception des choses sombrait lentement dans l’oubli. Et tel Narcisse, je me suis, moi aussi, noyée. J’ai été engloutie par l’illusion, aux dépens de mon propre regard sur la vie.

 

Une chanson perdue

Lorsqu’une chanson me plait beaucoup, je prends plaisir à l’écouter en boucle. Encore, encore et encore. Souvent, elle m’accompagne pendant des journées entières et consécutives. Rien d’autre qu’elle. Peu importe le moment et l’endroit, je sais que je retrouverais la même mélodie, la même voix, les mêmes paroles. Objectivement, la chanson ne changera jamais. J’aurais toujours la possibilité de revenir en arrière. En la réécoutant, je déjoue le temps.

            Hier, j’ai débuté une nouvelle étape de ma vie. Bien que je fusse heureuse, une certaine tristesse rôdait en moi. J’avais pris le transport en commun pour la première fois depuis 6 mois et c’est à mon retour que j’ai pu identifier la source de ma tristesse. Je ne retrouvais plus mon passé. C’était comme si on m’avait interdit de réécouter une chanson sous prétexte qu’une seule écoute suffirait.

            Ma vie est la seule chanson que je ne pourrais jamais entendre à nouveau. La mélodie, les paroles et les voix se perdent à tout jamais.


 Image : Salvador Dali, The Persistence of Memory, 1931

 

Daydreams

Up until a year ago, I used to be able to daydream for hours on end. I found comfort in my inner world, allowing me to escape from reality. My daydreams were mainly made up of moments from the past, of what-ifs and of unrealistic expectations for the future. I sacrificed my present for a lost past and for a non-existent future. At the time, I perceived my daydreams as being harmless. They permitted me to fill certain voids in my life. They fulfilled my needs. They brought me joy. However, with daydreams came deception.

            I slowly came to realize that my reality would never align with my imagined outcomes. Most often, the pain caused by my shattered dreams outweighed the ones caused by actual turn of events. By creating and attaching myself to a future in my head, I was depriving myself of accepting what was actually in store for me.

            For these reasons, I’ve stopped daydreaming. I don’t exactly know how or when this happened; if it was a gradual or sudden change; if it was a conscious or subconscious decision. I just know that I’ve stopped living in my head. I accept reality as it comes. I don’t feel the need to run from the voids in my life. Instead, I stare straight into them.

            In all honesty though, I do miss being able to daydream. I do miss being able to momentarily slip away from reality. But even if I wanted to, I don’t think I could bring myself to. I’ve grown afraid of the disappointments my dreams have caused me.  If I were to return to them, I would have to stay in that world forever.

             

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