Solitude

            Depuis ces quelques dernières semaines, je me sens profondément seule. Bien que ce sentiment ne me soit pas étranger, sa présence est souvent difficile à tolérer. Je me suis alors mise à réfléchir à la solitude, à sa place dans ma vie et dans celle des autres, à ses répercussions sociétales.

            Au fil des années, ma relation avec la solitude s’est complexifiée. Et ce n’est qu’en vieillissant que je puisse graduellement me découvrir à travers elle. Contrairement à mon adolescence, la solitude n’est plus ressentie lorsque je suis physiquement seule. En fait, je prends même plaisir à passer du temps de qualité avec moi-même. Le sentiment auquel je fais référence est celui qui se dévoile dans les moments de silence camouflés par le bruit, dans les regards non réciproques, dans les paroles dénuées d’émotions. C’est me sentir seule, même en présence d’autres.

            Pour pallier ce sentiment, je me livre à tout ce qui peut temporairement assouvir mon besoin de connexion humaine. Je me plonge dans les distractions, dans la production, dans la consommation, dans la recherche de « l’amour ». Et pourtant, je remarque que les stratégies véhiculées par la société ne font qu’accentuer ma solitude ressentie.          

            Nous évoluons dans une époque qui valorise de plus en plus la vulnérabilité et le partage de nos pensées et de nos émotions. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que ce partage (à grande échelle) ne fait que nourrir l’illusion d’une intimité non existante. Virtuellement, nous sommes constamment connectés à l’autre, mais cette vulnérabilité se transpose-t-elle dans la vie réelle, dans nos relations personnelles ? Nous connaissons-nous réellement ? Par conséquent, cette illusion semble graduellement baisser notre tolérance à la solitude. Et le cercle vicieux se poursuit : nous produisons et nous consommons (médias, biens matériels…) pour maintenir un sentiment d’appartenance illusoire.

            Au niveau sociétal, la solitude humaine est exploitée, alors qu’elle est simultanément écartée de nos champs de conscience. Je ne condamne donc pas la solitude, mais plutôt la relation que l’on détient avec elle. Car comment peut-on entretenir une relation saine avec ce qui est collectivement nié ?

*Évidemment, il est également important de reconnaître les bienfaits du partage numérique, permettant à des personnes provenant de populations marginalisées de se retrouver et de partager leurs expériences communes. Ma pensée ne représente qu’un seul point de vue parmi des milliers d’autres. 🙂

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